Article paru dans la revue: Les Rockers par Jean Claude Berthon (14 novembre 1967) Il y avait longtemps que l'Olympia de Paris n'avait connu des heures aussi chaudes. Plus de deux milles personnes, parmi lesquelles Françoise Hardy et Jacques Dutronc étaient venus faire l'expérience de la musique d'un américain appelé Jimi Hendrix. Le rideau s'ouvre sur trois personnages hauts en coiffure, Noel Redding est à la droite et à la basse suspendu par des bretelles de son pantalon Mitch Mitchell est au milieu, un projecteur braqué enfin et sur la gauche le vrai "Jimi Hendrix" (allusion à la fin de la première partie du programme pour les spectateur avertis) tout reluisant et souriant dans un costume de velours bleu turquoise. "Stone Free" retentit et tous les ingrédients de la musique d'Hendrix se propagent dans une salle plus qu'enthousiaste "Hey Joe nous vaut de voir Jimi en interpréter le solo avec ses dents. Il enlève sa veste et "Fire", sa chemise rose est déjà pleine de sueur. Puis, pour tous, il réinvente le Blues à sa manière. Ce qui frappe le plus dans la technique de Jimi Hendrix s'est surtout la maîtrise qu'il a obtenu sur ses amplis. A aucun moment la sonorité "surpuissante ne s'échappe sans son contrôle effectif. Le batteur et le bassiste sont là pour procurer une rythmique efficace, malgré cela le rythme tout entier semble provenir de sa guitare et de son jeu fantastique. Jimi porte sa guitare à la hauteur de son visage puis en faisant vibrer les cordes avec la langue. Il obtient les sonorités étranges de Burning Of The Midnight Lamp. L'ambiance est recrée exactement comme sur le disque et nous vivons quelques minutes extraordinaires. Foxy Lady extrait du 33 tours "Are You Experienced ?" nous replonge dans un rythme surexcité. La qualité de l'interprétation est telle qu'il semblerait possible d'enregistrer directement Jimi Hendrix sur scène et d'obtenir les mêmes sonorités fabuleuses. Pendant un court instant il passe la guitare sous sa jambe droite et je ne sais pourquoi je me mets à faire une comparaison avec Chuck Berry. Je ne peux pas m'empêcher de penser que Jimi a bien reculé les limites d'utilisation de la guitare. Puis il parle en anglais toujours avec sympathie. Il nous explique par gestes le plus souvent comment il s'y prend pour obtenir telle ou telle sonorité. C'est alors qu'un incident éclate, mais peu sont ceux qui s'en sont aperçus parmi les spectateurs. Une corde de sa guitare ayant saute. Jimi doit utiliser une autre guitare pour interpréter "The Wind Cries Mary" mais comme celle-ci doit être prévue pour le Blues, il a bien du mal à reproduire les sonorités du disque. Tout le long du morceau il est très gêné. Peu importe, les applaudissements crépitent, il enchaîne sur un Blues "Rock Me Baby" rapide cette fois. Puis c'est l'excellent "Red House" qui nous permet de découvrir ses réels talents de bluesman. Il n'y a pas de doute en écoutant ce morceau qu'il a pris beaucoup sur Eric Clapton. La guitare qui fut la cause de ses ennuis est réparée. Il nous montre comment il a découvert la sonorité de "Purple Haze" et tout le monde est stupéfait. Il recasse une corde... et le public semble avoir perdu le fil du déroulement du tour de chant. "Give Me a A" demande Jimi à Noel. C'est le dernier morceau celui par lequel le show de Jimi se termine toujours "Wild Thing". Personne ne songe à en demander une autre peut-être est-il trop tard. _____________________________________________________________________________________________________________________________________ A venue fully packed for the Jimi Hendrix Experience. It had been a while since the Olympia in Paris had lived such hot hours. Over two thousand people, including Françoise Hardy and Jacques Dutronc came to experience the music of an American named Jimi Hendrix. The curtain opens on three colorful and hairy characters. Noel Redding is to the right and has his bass attached by his suspenders, Mitch Mitchell is in the middle, then a spotlight shines on the left and there is the actual "Jimi Hendrix" (reference to the end of the first part of the program for the discerning viewer), all shining and smiling in a turquoise blue velvet suit. "Stone Free" thunders and all the ingredients of Hendrix' music spreads in an over enthusiastic venue. ”Hey Joe” allows us to see Jimi perform the solo with his teeth. He takes off his jacket and "Fire", his pink shirt is already full of sweat. Then, for everyone, he reinvents the Blues in his own way. What strikes the most in Jimi Hendrix’ technique is the master control he has over his amps. At no time does the overpowered sound escape his actual control. The drummer and bassist are there to provide powerful rhythm, although it seems that the whole pace comes from his guitar and his fantastic playing. Jimi brings his guitar up to his face and by vibrating the strings with his tongue, he creates the strange sounds of “Burning Of The Midnight Lamp”. The atmosphere is recreated exactly as on the record and we live through extraordinary minutes. “Foxy Lady”, from "Are You Experienced?", plunges us again into an overexcited rhythm. The quality of the performance is such that it feels like it would be possible to directly record Jimi Hendrix live on stage and get the same fabulous sounds. For a short time he plays with his guitar under his right leg and I do not know why I start comparing that with Chuck Berry. I cannot help myself from thinking that Jimi has pushed out the boundaries of guitar playing. Then he talks, in English, always nicely. He explains, mainly with gestures, how he gets this or that sound. Suddenly something happens, but very few in the audience even notice. Having broken a string, Jimi must use another guitar to perform "The Wind Cries Mary". However, since the guitar was set up to play the Blues, he struggles to get close to the sound of the record. Throughout the piece he looks very embarrassed. Regardless, applause crackles, and he follows with a Blues "Rock Me Baby", played fast this time. Then it is the excellent "Red House", which allows us to discover his actual talent as a Blues player. There is no doubt listening to the song that he took a lot from Eric Clapton. The troublesome guitar is fixed. He shows us how he discovered the sound of "Purple Haze" and everyone is stunned. He breaks another string... and the audience seems to have lost the flow of the set. Jimi asks Noel "Give Me an A". This is the last song, the one with which Jimi always ends his shows, "Wild Thing". No one contemplates asking for another, perhaps is it too late.